Je repense souvent à Andreas, 10 ans.
Il venait de perdre sa petite sœur. Mais ce qui le blessait le plus, c’était l’attitude de son père, devenu violent avec lui et sa mère, après ce drame.
Un jour en séance, après être resté un moment à tourner en rond dans la pièce, Andreas s’est approché du bac à sable. Il a pris une petite figurine et a dit presqu’en murmurant :
« C’est un roi. »
Puis, d’un coup, il est devenu très absorbé, concentré, dans son jeu. Il a enterré le roi, posé une croix, et murmuré :
« Le roi a maltraité son peuple… Maintenant, il est au supplice de son enterrement »
Quelques minutes plus tard, il a secoué la tête, essuyé le sable de ses mains, et c’était fini.
Il était « revenu ».
Que s’est-il vraiment passé à ce moment-là ?
Andreas était entré dans ce qu’on peut appeler une « transe ludique », un état où le cerveau se met en mode « relaxation-création-réparation ».
Dans son cerveau :
- L’alarme s’est éteinte : la partie qui crie « danger ! » en permanence (l’amygdale) s’est calmée grâce au rythme répétitif du geste.
- Le récit a repris : la partie qui nous permet de nous raconter des histoires (le cortex préfrontal) s’est rallumée.
- Les hormones du bien-être se sont libérés : de la dopamine (plaisir, apprentissage), des endorphines (calme, bien-être), moins de cortisol (stress).
- De nouveaux chemins se sont créés : son cerveau a pu créer de nouvelles connexions.
Dans cet état de jeu profond, Andreas a pu faire ce qu’il ne pouvait pas faire en parlant :
- Transformer l’impuissance en action symbolique
- Mettre à distance la violence vécue sans la nier
- Redevenir acteur de son histoire
- Réparer son système nerveux ébranlé par le trauma
Le cerveau d’Andreas a sans doute choisi la voie la plus intelligente : passer par le corps, le sensoriel, le symbole.
Le sable, c’était son langage.
Le roi, c’était son moyen de dire l’indicible.
L’enterrement lui a certainement servi à retrouver un peu de pouvoir sur sa vie.
En thérapie par le jeu non directive, notre rôle de thérapeute, c’est de créer l’espace sécurisé où cet état peut émerger. De faire confiance à l’enfant, à la sagesse de son système nerveux et de son corps qui savent, bien mieux que nous souvent, comment se réparer ; d’être connecté à l’enfant et d’accueillir pleinement ce qui émerge. Tout le reste c’est de la technique, ça vient en plus.
