Avant, je jouais de la flûte traversière, j’allais voir des Bergman au Saint-André-des-Arts, je lisais des romans de cinq tomes, j’écrivais mon journal puis des chansons.
Quand je suis devenue adulte puis mère, ça a changé : je me suis consacrée à mes enfants, c’était précieux pour moi. Mais quelque chose s’est mis en sourdine.
Quelques traumas, que j’avais mis à distance avec l’énergie de la jeunesse, ont commencé à refaire surface, sans donner leur nom, mais sûrement. Et puis, il y a l’épuisement des mères – et comme on dit – la charge mentale professionnelle même quand c’est un métier qu’on aime. Et puis, il y a le scrolling sur mon téléphone, tellement pratique pour ne pas penser et être rapidement « récompensée ». J’ai arrêté de lire, d’écrire, de voir des films.
Et quand je voyais mon fils jouer avec ses dinosaures, je me sentais comme une poule devant un couteau. Pourtant, j’avais tellement envie d’entrer en connexion avec lui et de me sentir compétente.
J’aurais voulu rencontrer un professionnel qui m’aide à me relier à lui à travers le jeu ; cela n’aurait pas tout résolu de mes traumas, mais cela aurait permis une connexion salutaire pour nous deux. Avant, je ne savais pas à quel point le jeu est le langage de l’enfant, et combien il est important pour un enfant de jouer avec son parent pour se sentir important, digne d’être aimé, relié.
Aujourd’hui, je le sais : l’enfant a besoin qu’on le rejoigne dans ce qui est son langage préféré, et aussi dans ce que le jeu lui permet de comprendre et de réparer.
Parfois, jouer avec son enfant passe par le fait de commencer à jouer, même timidement, même si on n’aime pas le jeu en question ; parfois, cela nécessite de tourner son regard vers l’intérieur et de voir quels sont nos blocages qui nous empêchent de jouer. Parfois, cela passe par le fait de se délester de nos traumas. Il n’y a pas un chemin mais des chemins.
Le printemps est la saison du renouveau : je souhaite à chacun de retrouver le chemin vers soi et vers les autres, vers le « nous » et vers le jeu…
Et toi, tu te reconnais ?
